Le Topo du 15 juin 2018

“Et la montagne a accouché d’une souris”

Ce conseil municipal du mois de juin devait être important. Le maire l’avait écrit, dit et répété. Il était censé dégager les grandes lignes de l’action communale sur les prochaines années. Il était censé nous apprendre de nouvelles choses. Or, il faut bien l’avouer, la montagne a accouché d’une souris.

Dans une mise en scène soignée (micro-cravate, grand écran sur les côtés etc.) Frédéric Chéreau a commencé par rappeler ce qu’il nomme lui-même « l’acte I » du plan de revitalisation du centre ville. «Revenir sur ce que l’on a fait, c’est souvent intéressant», a-t-il précisé. Parlait-il en tant que maire ou bien en tant que candidat à sa propre succession à ce moment-là ? Les élu·e·s et le public ont donc eu droit à un énième tour d’horizon des mesures prises depuis son élection. Puis est arrivé le moment où le maire a évoqué l’acte II : la suite de son action pour le centre-ville. Evoquer, il n’a fait que l’évoquer. Si certaines pistes sont intéressantes, elles ne sont pas nouvelles. Là est d’ailleurs le plus grand défaut de cette présentation : nous n’avons rien appris de nouveau ! Non seulement la mise en forme du rapport du cabinet Adenda (dont le coût s’élève il faut le rappeler à 110 000euros) est superficielle, mais en plus, elle n’a rien amené d’innovant. Dans le cadre de nos groupes de travaux, nous sommes arrivés au même stade de réflexion, sans aucune aide technique ni expert, et sans argent.

Le diagnostic

Frédéric Chéreau a ouvert son propos par le constat. Il a eu raison de procéder ainsi. Près de la moitié des villes moyennes aujourd’hui, en France, souffrent de la paupérisation de leur centre-ville. Douai n’est donc pas une exception, et il est toujours bon de replacer ces éléments dans un contexte politique, social et économique plus large. Douai se situe par ailleurs dans un contexte commercial concurrentiel extrêmement dense (pensons à sa proximité avec la zone du Luc, Noyelles-Godault ou même Lille, Arras et Valenciennes). Enfin, dans cette situation où l’offre commerciale est déjà abondante, Douai manque de diversité. La restauration est globalement faiblement représentée tout comme l’équipement à la personne, les magasins de décoration ou de sport.

Mais le chiffre-clé à retenir est le suivant. Douai compte 454 commerces pour un taux de vacance commerciale de l’ordre de 15,7%. « Le chiffre n’est pas catastrophique » a préféré signaler le maire. Sans doute, mais il reste alarmant, préoccupant et permanent dans la mesure où il n’a pas changé depuis plusieurs années. À cela s’ajoute le fait que de nombreux logements sont inoccupés dans le cœur de ville (18%).

Au-delà des chiffres, chacun jugera s’il est curieux, approprié ou satisfaisant, de voir le maire de Douai présenter le constat et son action pour relancer l’attractivité du centre-ville au mois de juin 2018, alors que son équipe est élue depuis quatre ans…

L’acte II du projet de revitalisation du centre-ville

Nous allions voir ce que nous allions voir… Frédéric Chéreau a parlé de « stratégie claire ». Elle l’est en effet. Elle l’est d’autant plus, que ce qui nous a été proposé, nous le connaissions déjà.

La stratégie repose ainsi sur 7 axes :

  • Lutter contre la vacance et la dégradation de l’habitat ;
  • Aménager de manière qualitative le centre ville ;
  • Renforcer la vocation piétonne de l’espace central ;
  • Faciliter la vie des commerçants ;
  • Résorber la vacance commerciale ;
  • Animer le centre ville ;
  • Promouvoir le centre ville.

Il n’a pas été dit, à quel moment les mesures préconisées à l’intérieur de chacun des sous-thèmes allaient être votées et/ou appliquées. Curieusement, nombre d’entre elles prendront effet à partir de 2019, 2020 ou même 2021 et 2022, soit après les prochaines élections municipales. Il apparaît clairement que Frédéric Chéreau entend imposer ses thèmes et propositions dans la campagne électorale à venir afin que toute discussion gravite autour de lui. C’est sans compter sur nous, car nous estimons que bien des sujets ont été mis de côté.

La non-implication de la population

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S’il s’est lancé en campagne avec la volonté affichée de partager et d’ouvrir les débats à la population en l’associant à la réalisation de son futur programme, son action municipale démontre l’inverse. Alors que Frédéric Chéreau a parlé d’un projet pour le centre-ville « collaboratif », il n’en est rien. Bien sûr, et pour la première fois, les principaux acteurs économiques et politiques se sont réunis autour d’une même table : l’UCD, la CAD, la CCI et la municipalité. Mais le citoyen, la citoyenne a été laissée pour compte. Voter pour choisir le pavé qui sera posé dans le square du Dauphin, ce n’est pas de la démocratie participative. Réunir trente personnes pour travailler sur le centre ville, dont plus de la moitié sont soit élus soit issus des services de la ville, ce n’en est non plus. Sur ce point, Frédéric Chéreau devra rapidement corriger le tir, car le constat (puisqu’il aime en faire), c’est qu’il n’implique ni les habitant·e·s du centre-ville ni celles et ceux des quartiers qui l’entoure.

François GUIFFARD

2 réflexions sur “Le Topo du 15 juin 2018”

  1. Voici mes réflexions brutes : désolée ça n’est pas très “rédigé”

    Il me semble qu’il faudra au fur et à mesure, et dans une logique de décroissance, reconsidérer le cœur de ville davantage comme un espace de liens, de rencontres, d’échanges, de culture, d’épanouissement, avant tout, plutôt que comme une zone d’absolu commerce et dépense.

    Mais de toute façon, pour que la ville revive il nous faut :

    Des préalables essentiels :
    – que la population puisse revenir et ait envie de vivre en ville
    – que la population ait un peu plus d’argent à dépenser
    – que la population soit sécurisée dans sa vie de tous les jours de façon à devenir plus
    encline à dépenser
    – déployer les gratuités d’activité, de transport
    – déployer les transports en commun, les navettes depuis la gare …

    Logements :
    combien voit-on en ville de logements vides !… ou bien même de logements partagés en appartements trop nombreux pour que chacun soit d’une surface raisonnable pour des familles !
    Nous avons besoin de :
    – politique de re-déploiment des habitations de ville
    – création de logements très sociaux au cœur de la ville
    – surveillance des loyers plus drastique
    – réelles sanctions pour les marchants de sommeil

    L’animation ne fait pas tout, mais c’est vrai, c’est un atout :
    – pour que même les gens qui ne peuvent pas dépenser reprennent goût à la flânerie
    (rencontre, culture…)
    – pour que les gens aient envie de revenir vivre en ville et se sentent plus concernés et
    responsables de l’environnement

    Imaginer la création de salles pour des assos, des petits lieux culturels, des lieux partagés pour des actions ponctuelles des uns ou des autres … en lien avec d’autres structures (Hippodr, Musées, Librairies, salles d’expo, office de t …) et davantage d’espace de bureaux ? et aussi favoriser, aider les espaces de “co-working” ?

    L’aide à certains commerces en particulier :
    – de bouche, d’équipements, de soin, d’information … qui concernent les gens au 1er chef
    – de restauration de qualité, à prix étudiés, aux horaires larges et fiables
    – de débits de boisson aux consommations simples et prix accessibles
    pour recréer l’ambiance bistrot de quartier populaire (aux horaires larges et fiables)

    Le préalable des préalables :
    mettre un terme à la surconsommation qui ne fait qu’enrichir les multinationales
    mettre un terme à la pauvreté,
    mettre un terme au frein que certaines familles se fixent, qui « s’en sortent » mais sans aucun extra

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